n°76

KEMENER, TANGUY, MOLLARD, EBREL, PELLEN, MARCHAND… JAZZ & BREIZH….  TOUJOURS !

Depuis toujours (ou presque !) l’Europajazz a entretenu des rapports réguliers et audacieux avec les musiques bretonnes !

Point de départ : la fameuse création « Sax & Bagad » proposée par Henri Texier en 1987, avec (excusez du peu !)  Henri Texier Quintet + Joe Lovano + Dewey Redman+ Kenny Wheeler + Le Bagad de Quimperlé, et  qui est resté très fortement dans les mémoires ! Point final provisoire : un double projet (Régional Tour + Tournée régionale dans les Maisons d’arrêt) confié au quartet de Jacky Mollard en 2011.

Une belle série de projets toujours novateurs et imaginatifs  : Sylvain Kassap + le Quintet de Clarinette de Bretagne en 1990, Jacques Pellen Celtic Procession en 1994, Jacques Pellen/Eric Marchand/Paolo Fresu en 1996, Annie Ebrel/Riccardo Del Fra/ Jacques Pellen+ guests  pour un fameux Régional Tour en 2003, un solo magique d’Annie Ebrel dans le cadre d’une « Nuit de la Voix » en 2005, juste avant « les Diaboliques » Léandre, Nicols, Schweizer…

Le sommet fut probablement cette soirée du 23 avril 1996 avec un Guy Le Querrec Special Project  + « Jazz comme une Image », dans  un Palais des Congrès du Mans comble (1 400) avec un casting de rêve Michel Portal, Henri Texier, Louis Sclavis, Jean-Pierre Drouet, Danyel Waro, Eric Marchand, Dominique Jouve, Le Bagad Men Ha Tan de Pierrick Tanguy ! Une soirée riche en rencontres totalement inédites comme ce duo, l’un des plus superbes proposé par l’Europajazz en quarante ans : la rencontre «a capella» de Danyel Waro et Eric Marchand !….

La disparition, la semaine dernière, de Yann-Fanch Kemener fait remonter tous ces souvenirs de « breizh » !

Yann Fanch Kemener ? Une voix bretonne mais quelle voix ! Il aurait fait du jazz, il aurait été Gregory Porter ou plus encore, Jon Hendricks !

Sa rencontre le 30 avril 2000 avec le trio de François Corneloup sous  les voûtes boisées du dortoir des Moines de l’Abbaye de l’Epau Le Mans, fut  plus que mémorable. Sa voix, cette voix bretonne à la tessiture si particulière rappelant, certes, celle des vieux chanteurs bretons et pourtant si moderne, se confrontant  à une autre voix celle du baryton de François Corneloup, soutenue par la contrebasse de Claude Tchamitchian et la batterie d’Eric Echampard, était  bien loin du folklore bretonnant et  peut-être parce qu’elle rencontrait un trio de jazz, elle devenait une voix humaine ancestrale surgit du fond des temps…

Toute l’équipe de l’Europajazz gardera aussi le sourire malicieux de Yann-Fanch , avec sa tête de korrigan mutin et bienveillant, qui justement touchait à l’universelle en partant d’une langue considérée par beaucoup comme folklorique…

 

Texte : Armand Meignan

Photo : DR (Corneloup, Kemener, Tchamitchian)