n°74

ANDRE FRANCIS…. ANDRE FRANCHISE !

André Francis, 93 ans, vient de nous quitter ! Est-ce que son nom parle encore aux jeunes amateurs de jazz (oui oui, il y a toujours des jeunes qui aiment le jazz !) ?

Avant d’être un « visiteur attentif » de l’Europajazz, ou même un partenaire de programmation lors de l’édition 1990 où on invita les groupes de l’Union Européenne de Radiodiffusion, et d’être mon successeur à Orléans Jazz que je quittais avec fracas en 2001 après quatre années de direction artistique, il fut très probablement l’un des personnages les plus importants de ma vie professionnelle et donc de l’Europajazz !

Dans les années soixante, dans une petite ville sarthoise, mon premier contact avec le jazz fut prioritairement la radio, avec un légendaire radio transistor Sokol pour dévorer sur France Inter et France Musique les émissions d’André Francis, pédagogue éclairé et grand porteur de découvertes pour un « provincial » qui n’allait pas au concert et avait beaucoup de mal à trouver des disques. Premier vinyle acheté à La Ferté-Bernard (Sarthe), chez un marchand de télévision et d’électroménager, en 1964, un Thelonius Monk… Y’a vraiment pire comme premier achat jazz !

André Francis était aussi l’auteur de mon livre de chevet « Jazz » (j’ai encore la 5ème édition sortie en 1966, au seuil, collection « solfèges » !), même si parfois ses prises de position sur le free jazz pouvaient me heurter, moi qui étais entré en jazz par John Coltrane, Albert Ayler ou Archie Shepp !

Après, nos relations furent parfois frontales mais toujours franches : opposition et échanges non mouchetés dans le CA de l’ONJ, lors de la nomination de Paolo Damiani, dont il ne voulait pas, discussions vives lors de ses séjours au Mans sur mes passions avouées pour le free ou mes choix européens qui le surprenaient toujours, longue discussion un jour (ou une nuit) sur Fred Van Hove et Evan Parker et la Musique Improvisée Européenne… André était toujours direct et franc, pas tortueux et parfois ça faisait du bien de s’engueuler un peu ! …Et puis on savait qu’on avait un grand point commun : on était des « militants du jazz » !

Mais le plus beau souvenir appartient à l’Europajazz 1999, lors de sa présence au Mans pour un double concert ONJ Didier Levallet et VIENNA ART ORCHESTRA (qu’il aimait beaucoup, comme moi !) je fus saisi par une envie subite, malgré nos accrochages, de le remercier pour ce qu’il fit découvrir à un jeune adolescent isolé en province. J’annonçais au public que sans une personne qui était là ce soir, je n’aurai pas aimé le jazz, l’Europajazz n’aurait pas existé, et il n’y aurait pas eu cette soirée… Et je fis applaudir André Francis par plus de mille personnes présentes ce soir-là ! Et franchement c’était bien… Merci André !

Texte : Armand MEIGNAN
Photo : DR