EUROPAJAZZ MEMORIES

EUROPAJAZZ MEMORIES

N°35

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MANU DE ST CALAIS

 

Qui savait en 1992 que l’auteur mondialement connu du fameux hit « Soul Makossa » avait passé un petit bout de son adolescence dans un village de la Sarthe ? Arrivé à St Calais, en 1949, avec trois kilos de café pour payer le premier terme de sa pension à son correspondant, et en direct de Douala, il est le premier homme noir, habitant  ce village du sud Sarthe ! Partant de cette enfance calaisienne, l’Europajazz propose à Manu, les 25 et 26 mai 1992 deux jours de « résidence sarthoise » : le lundi retour au Collège avec tous les amis de la promo 49/50 et aubade par les élèves du collège et le lendemain énorme concert avec les douze musiciens du Soul Makossa Gang sur la scène du Palais des Congrès du Mans ! Le lundi fut mémorable : plus de 400 élèves du Collège accueillant Manu, le « Black », comme un roi, comme un héros, le tout St Calais fait la fête à celui qu’il reconnait (réputation oblige !) comme l’un de ses enfants ! Et là, se joignant à l’orchestre des collégiens qui jouaient pour lui, il brandit  en l’air son fameux saxophone noir et or : «J’offre ce saxophone qui m’a inspiré « Soul Makossa » à  ce village qui fut ma première étape en France et qui m’a permis d’être un musicien» ! Depuis le fameux saxophone est en place d’honneur dans une vitrine au Collège de St Calais ! Plus qu’un beau geste, une véritable histoire d’amour !

 

PS : Gros bémol : 25 ans après, la MJC se nomme toujours « MANU DI BANGO », mais dimanche 7 mai presque 40 % de la population a voté LE PEN !

 

Texte : Armand Meignan  photo :DR

 

N°34

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HIGELIN, EMLER… DE RIEN !

 Mardi 07 mai 1991, Palais des Congrès du Mans, une rencontre hors normes, une création étonnante : la rencontre du grand Jacques Higelin et du Mégaoctet d’Andy Emler ! M’appuyant sur une conversation avec Andy Emler qui chaque été faisait le bœuf à Calvi (chez Tao) avec le chanteur, je lui propose dans la foulée un véritable concert avec Higelin, qui deviendrait surtout pianiste à cette occasion (mais un peu chanteur quand même !) pour la 12e édition de l’Europajazz ! Higelin accepte tout de suite et propose même d’avoir un cachet égal à celui d’Andy, et non son cachet habituel et emmène dans l’aventure deux de ses musiciens : Edmundo Carneiro, percussions et Chikara Tzuzuki, harmonica. Deux jours de répétition, un Higelin très motivé qui a prévu de jouer dans l’orchestre des claviers et du piano et quelques chansons accompagnées par le Mégaoctet. Et comme si douze musiciens ne suffisaient pas pour le projet, Andy invite également les douze percussionnistes de la Batucada de Tiboum Guignon !

Tout s’annonçait bien : une salle plus que pleine (près de 1 800 spectateurs, c’est-à-dire plus que la jauge de la salle !), une communication insistant sur la notion « d’invité » pour Higelin et ne présentant pas la soirée comme un concert de la star… Le concert commence, Le Mégaoctet, la Batucada, les musiciens d’Higelin sont sur scène et jouent les thèmes habituels d’Andy…pendant au moins une heure… Higelin débarque sur scène (public debout !), ignore piano et clavier, vient s’assoir sur le bord de la scène et chante trois petites chansons, plus ou moins accompagné par Andy au piano ! Puis repart dans les coulisses, laissant le Mégaoctet reprendre le concert… Au bout d’au moins quarante minutes, ne voyant pas revenir leur idole, une partie du public commence à s’impatienter et à le réclamer… Lui, caché dans les  rideaux de scène, me susurre à l’oreille : « ça joue vraiment très bien sans moi, qu’est-ce que tu veux que je fasse de plus dans cet orchestre, c’est pas mon histoire, et je vais tout déranger ! »… Le concert se termine, Higelin est resté en coulisses et une grosse partie du public crie à l’arnaque… Une autre reste assise ne voulant pas quitter la salle… Et puis, surgit du fond de scène, Higelin, qui vient de comprendre le problème, il s’empare d’un tambourin, invite la batucada de Tiboum à le suivre, saute dans la salle et commence une incroyable sarabande au milieu des spectateurs totalement abasourdis, dans le hall puis tout autour du Palais des Congrès, genre carnaval de Rio gratuit pour toute la ville du Mans ! Vers deux heures du matin, spectateurs et musiciens stoppés par l’intervention de la maréchaussée pour tapage nocturne (sans doute appelée par des voisins non mélomanes et peu sensibles à la performance de rédemption du chanteur !), je retrouve Jacques Higelin assis sur les marches de l’entrée des artistes en pleine discussion sur le sens de la vie (et de la mort !) avec Miloud, technicien plateau, devenu pour un soir son confident ! Quelle nuit et quelle création !… Mais on aime toujours Higelin, génialement imprévisible !

N°33

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WORKSHOP DE LYON : MERLE ET PIAF !

 

Le Workshop de Lyon fête ses 50 ans de carrière ! Groupe mythique du jazz français issu du collectif lyonnais ARFI (Association à la Recherche d’un Folklore Imaginaire, quel beau programme !) il fut un ensemble emblématique (avec beaucoup d’autres projets de l’Arfi) des vingt premières années du festival ! Avec Louis Sclavis, puis Jean-Paul Autin, il fit le Regional Tour (1993) et quelques concerts restés fortement dans les mémoires, « historiques »  (1986,1996)… En 2001, suite à un concert en duo avec Jean Bolcato (en saison, sur la Péniche à Allonnes) où ils jouaient « l’Homme à la moto », je propose à Maurice Merle (musicien trop modeste et homme si formidable) de faire toute une création avec le répertoire d’Edith Piaf. Celle-ci fut magnifiquement créée le 29 avril à l’Abbaye de l’Epau, pleine à craquer (4 rappels !) et fit également l’objet d’un cd (« Les chants d’Edith » sorti en 2002). Création superbe car le Workshop était l’un des rares groupes à pouvoir mixer avec grand bonheur et formidable énergie le free et le populaire dans le même élan !

L’année suivante, avec ce programme, le groupe fit une tournée dans les Emirat Arabes, et un matin je reçois un énorme rouleau en tissu (5m de long sur 1m de large), une des affiches de la tournée, rédigée en Arabe, avec seulement deux mots en français : Workshop et  Edith Piaf ! Magnifique ! Et en plus dédicacée par tous les musiciens ! Et dans cet exercice, comme en musique, Maurice Merle fut le plus poète et le plus taquin… Sa dédicace : « Amant d’un jour, Armand toujours ! »… Si vous passez par les bureaux de l’Europajazz, cette banderole (ciel de lit magnifique !) orne le plafond de notre plus grande salle, depuis 15 ans !

Maurice Merle nous a quitté en 2003, à 57 ans, et même si le Workshop de Lyon actuel est toujours un bon groupe, je n’ai jamais réinvité l’ensemble à l’Europajazz, trop dur de l’entendre sans Maurice…

Texte : Armand MEIGNAN

Photo : Maarit  KYTOHARJU

N°32

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PAULETTE, REINE DE L’EPAU.

 

Paulette et l’Europajazz, une rencontre improbable, il y a 32 ans, en 1985 ! Travaillant au CCAS de la Ville du Mans, alors dirigé par notre trésorière Maryvonne, qui connaissait son passé de « barmaid »  au café des Jacobins (chez Cacahuète), elle a eu cette idée : pourquoi ne pas lui confier le bar des loges, pour accueillir les musiciens et les invités, le « catering » comme on dit dans le monde du spectacle ?

Et Paulette a dit oui sans nous dire au début qu’elle venait sur « ses congés » pour faire le festival. L’accueil des musiciens, des partenaires, des invités sur un festival comme l’Europajazz, nous avions vite compris que c’était primordial ! Non seulement Paulette avait une empathie naturelle avec  les musiciens et nos invités, mais surtout elle ne leur prenait pas la tête avec leur dernier cd ou leur dernier concert ou le nombre de spectateurs de la dernière édition de leur festival, car avec Paulette, on parlait de la vie, tout simplement, des enfants, des vacances, des amours, des petites choses du quotidien. Elle savait que la musique n’est  rien sans  les choses de la vie ! Et au petit matin, elle était là pour fermer les portes de l’Abbaye, car dans les années 80 et 90 on allait jusqu’au bout de la nuit, heureux comme des chouettes ou des hiboux (animal mascotte de Paulette !) !

 

Paulette vendait des rillettes à tout le monde, celles de son charcutier préféré, non pas pour se faire de l’argent de poche, mais parce qu’elle souhaitait faire aimer les seules vraies rillettes, celles d’ici (on garde l’image incroyable d’Archie Shepp  repartant avec des rillettes de la Sarthe !). Elle posait des fleurs partout, et du muguet quand on travaillait encore le premier mai, donnait le dernier coup de fer aux chemises de Michel Portal ou Lee Konitz, apportait des pains aux raisins croustillants,  « coupait » un peu le vin ou la bière  des « invités » quand certains commençaient à déraper et cachait les clés de la « salle à manger » au creux de ses seins (ce qui en faisait rêver plus d’un !). Reine aussi de la météo de l’Epau, elle  évitait qu’on laisse fenêtres et portes ouvertes, car je lui avais dit que les musiciens n’aimaient pas les courants d’air, sauf peut-etre les « souffleurs » ! En fait, à l’Abbaye de l’Epau, on arrivait simplement  « chez Paulette », les musiciens jouaient dans sa cour, les invités dînaient à sa table. Elle était depuis toujours la nouvelle reine du lieu pour une semaine, de quoi rendre jalouse la Reine Berangère, fondatrice de l’Abbaye.

 

Et puis il y a eu des « rencontres », des « amitiés », Paulette et Han Bennink, Paulette et JF Canape, Paulette et Guy Le Querrec et surtout Paulette et Louis Sclavis, tous les deux issus du monde ouvrier, ils avaient  des connexions… Elle qui aimait l’accordéon et Marcel Azzola, a appris à aimer aussi Louis Sclavis et la clarinette et le jazz contemporain… Quelle belle leçon donnée à ceux qui pensent que le jazz contemporain ne peut pas être populaire !

 

        Chère « dealeuse » de rillettes, de muguet, de bonne humeur, de gentillesse et de… Voltarène (certains comprendront !), le vendredi 27 février 2015 à 12h30, Paulette nous a quittés à l’heure de l’apéro et c’était pas dans ses habitudes, elle qui préparait toujours avec joie et  grande attention ces moments précieux de retrouvailles et de convivialités avant les concerts de l’Epau ou d’ailleurs !

         Mais chaque année quand revient le joli «  temps de l’Epau », on sait que tu es là !

 

 

Texte : Armand MEIGNAN

Photo : Mephisto (Paulette avec Han Bennink en mai 1992)

N°31

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ETOILE ROUGE et LAPINS RUSSES !

 

Entre Moscou et l’Europajazz c’est une longue histoire ! En 1984, «nous avons préféré aux larges routes bitumées et tranquilles des stars américaines : l’aventure, la surprise, la pertinence, la créativité des chemins de traverse du jazz des pays de l’Est ! » écrivait-on dans l’édito du programme. Un crime de lèse-majesté pour les intégristes du jazz : pas un seul musicien américain au programme, et des polonais, des allemands (de l’Est !), des russes à foison ! Pour la première fois en France des musiciens soviétiques !

Bon, certes, pas forcément ceux qu’on avait choisis, car devant passer par une demande officielle à l’ambassade soviétique en France, on nous avait répondu que le Ganelin trio (Free-folk virtuose de la volga !) n’était pas disponible pour une venue en France et que le fantasque et très attendu Sergey Kuryokhin Pop-Mekhanika (sorte de Zappa moscovite !) n’était pas répertorié dans la liste officielle des musiciens de jazz ! Leonid Chizchik (sorte de Chick Corea à chapka !) et Nikolai Levinowski Allegro (sorte de jazz-rock cosaque ) furent au final, et après de nombreux échanges, nos invités, non choisis, mais au demeurant fort sympathiques avec une découverte, le contrebassiste Victor Dvoskin !

Mais ce fut un beau buzz médiatique avec pléthore d’articles dans la presse nationale (Libération, Le Monde, l’Obs, l’Humanité, Le Figaro… les télés nationales, France Inter, etc…) et présence (amicale) en costume gris souris, de l’ambassadeur d’Union Soviétique en France !

 

Trois ans après, infatigables, nouvelle tentative pour faire revenir le fameux trio Ganelin (groupe le plus original de toute l’histoire du jazz russe), mais paf ! Nous n’avons qu’un duo Tarasov/Chekazin car Viacheslav Ganelin avait choisi de quitter deux jours avant clandestinement la Russie pour Israël !

 

Cinq ans après, à l’occasion d’un subtil « focus » sur le jazz israélien (avec la chanteuse Hachinoam Nini, qui devint ensuite la célèbre NOA) pour avoir Vyacheslav Ganelin en solo… Superbe ! Mais jamais le fameux trio Ganelin (nombreux et formidables cds sur le label anglais Leo records !) n’a pu venir au Mans. L’exil israélien de Vyacheslav sonnant la fin du trio… Depuis, avec une nouvelle circulation artistique plus aisée, nous n’avons plus l’équivalent des GANELIN et des KURYOKHIN (mort en 1996 à 42 ans), le jazz sovietique devenu russe ne fait plus l’avant-garde du jazz, trop proche sans doute du modèle américain, un comble, non ?

 

 

Texte : Armand Meignan

Photo : Mephisto, Armand Meignan et le Ganelin trio en 1987, en Allemagne.

N°30

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1987 : Historique rencontre !

 

Avril 1987, première apparition au festival de Christian Vander, pas question de ne pas faire les choses en grand !

 

Deux jours de suite au Palais des Congrès, deux jours « sold out » (3 000 personnes !), pour une double carte blanche au leader de Magma ! La première journée fut grandiose avec un projet « Step by Step » où le batteur invitait quelques musiciens qui avaient marqué son parcours : Jannic Top, Benoit Wideman, Michel Graillier, Jean-Michel Kajdan, Jean-Pierre Fouquey, Francis Lockwood, etc… pour 3 heures de folies en duo, trio, quartet, et grand ensemble ! Avec au milieu de tout çà un solo « lunaire » et inoubliable de Michel Graillier !

 

Seconde soirée le lendemain, avec la première d’ « Offering » et en malicieux organisateur j’avais invité en seconde partie le grand Elvin Jones et son Jazz machine quintet (avec notamment Joe Lovano !) car évidemment je connaissais la dévotion de Christian pour le batteur de John Coltrane ! Mais nous avions envie d’aller plus loin que le partage d’une soirée entre les deux musiciens, et après la première partie nous avions laissé la batterie de Christian Vander en place afin de pouvoir provoquer la « rencontre historique ». Elvin était d’accord (Keiko sa compagne beaucoup moins !), Christian, timide, ne souhaitait pas trop troubler le concert du batteur de Coltrane ! Mais caché dans les rideaux de scène, il écoutait tout le concert ! Après le rappel, et grâce à l’aide de Simon Goubert, nous l’avons littéralement poussé sur scène où le grand sourire d’Elvin l’attendait !

 

20 minutes en duo ! Le plaisir d’entendre presque le même son, la même filiation, une communion des tambours ! Le public debout, l’ambrassade historique (voir photo) , le regard noir de Keiko en coulisses, le sourire ravi de Stella Vander et de Simon Goubert dans les loges, et les larmes de Christian !

 

Bien après, dans la nuit, comme toujours les fans attendaient Christian à la sortie des loges. J’avais repéré ceux qui avaient dormi dans un « camping » improvisé aux abords de la salle pendant deux jours (impensable maintenant !). Je leur tends une baguette de Christian récupéré sur scène (j’aime collecter des « souvenirs-objets » de chaque concert !) pour les remercier de leur belle présence. Mais surprise ! L’un deux me dit : « non, c’est à Christian, on veut pas, c’est trop ! »… Et je suis resté , après cette soirée magnifique, là, gentiment dépité, avec la baguette de Christian dans la main !

 

 

Texte : Armand Meignan

Photo : Karlt Desmoulins

N°29

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MISHA, HAN, WILLEM et les autres…

 Superbe photo de l’agence Mephisto (Yves Carrère-Didier Ferry), MISHA MENGELBERG et HAN BENNINK, le vendredi 27 mai 1983 dans les loges du Palais des Congrès du Mans !!! Cette année-là fut celle des hollandais et de l’Arfi, incroyable programmation pour l’époque, presque iconoclaste, un festival de jazz sans américain… qui nous valut une alerte à la bombe, dont les initiateurs furent  évidemment quelques petits musiciens locaux trop près « du chemin » jazz classique !

 

Fondateur (avec Han Bennink et Willem Breuker) de l’Instant Composer Pool en 1967, première coopérative de musiciens improvisateurs créée en Europe, Misha Mengelberg fut l’un des pères fondateurs du jazz européen, libéré du modèle américain ! Capable de réconcilier les extrêmes, le free et le swing, disciple d’Herbie Nichols et de Thelonius Monk, Misha à la tête de son ICP Orchestra, 18 ans après, en mai 2001,  nous proposa à l’Abbaye de l’Epau un final grandiose, l’un des plus beaux de toute l’histoire de l’Europajazz : créatif et festif !

 

Celui qui ressemblait à Louis-Ferdinand Céline, physiquement mais peut-être aussi dans son écriture orchestrale proche du sublime, a rejoint Willem Breuker, inhumé le 10 mars dernier au cimetière Zorgvliet d’Amsterdam, à 82 ans !

 Un soir, au théâtre Dunois à Paris (peut-être en 1984 ?),  je l’ai vu faire quelque chose de totalement inouï ! Il devait jouer en solo mais jugeant la salle trop chauffée, il entreprend de retirer son pull alors qu’il vient de s’installer devant le clavier, le pull tombe sur les touches ! Alors que fit Misha ? Pendant une bonne demi-heure il joua avec ce pull sur les touches, comme pour un piano « préparé », un jazz au swing « tempéré » par l’adversité vestimentaire !  Ainsi était Misha, superbement fantasque ! Où sont les nouveaux Misha, Han, Willem ?….

N°28

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1981… LES ANNEES ASCENSION !

18 au 24 Mai 1981 : 2e FESTIVAL DE JAZZ LE MANS (c’était le nom de l’époque !)! En mai, fais ce qu’il te plaît ! Et donc le festival pour sa seconde édition quitte le Théâtre Municipal et la Salle des Concerts pour vivre, après quelques soirées décentralisées « en ville », un final sur deux jours, en 10 concerts « non stop », avec stands associatifs et restos-buvette, au…. Gymnase Les Sources (quartier Carrefour !) surtout connu à cette époque pour ses galas de boxe !

Archie Shepp (en duo avec Horace Parlan), Jasper Van’T Hoff (en duo avec Zbigniew Namyslovski mais qui fut bloqué par une histoire de visa !), Jef Gilson Europamerica Big Band, Gerard Marais trio, Didier Levallet Quintet, Claude Barthelemy quartet constituaient l’ossature de la programmation avec un « must » : le trio CODONA (Don Cherry, Nana Vasconcellos, Colin Walcott) qui en final offrit un concert sublime, transformant l’horrible Gymnase des Sources en … future Abbaye de l’Epau !

Et puis la présence d’un quintet local devenu légendaire, seul groupe de « free jazz » en activité au Mans dans les seventies, ASCENSION, dont, comme son nom l’indique, les musiciens étaient tous tombés, petits, dans la marmite « Coltrane » ! Un concert ébouriffant pour l’époque, rien que de l’énergie pure et libre, offerte par un groupe dirigé magistralement par le batteur Jean-Pierre Chesne, superbe fils d’Elvin Jones !

Une question ? Que sont donc devenus ces cinq pionniers manceaux du free : le pianiste Ghislain Deppe qui avait quinze ans à l’époque continue une carrière en jazz et en spectacle jazzy, Jean-Pierre Chesne a longtemps fait le bonheur du fameux orchestre Bob Dickson et se produit régulièrement a la tête de ses propres groupes notamment avec un beau projet en hommage à Art Blakey, Luc Juhel a repris ses activités d’enseignant, Jacques Gounel qui nous a quittés l’année dernière faisait le bonheur du groupe « new » Old jazz Corporation et de tous les contrebassistes de passage à l’Europajazz en « prêtant » sa magnifique contrebasse, et le plus concerné par le « free », le flamboyant saxophoniste Jean Foisy, a repris ses activités de pilote-moniteur sur le « Circuit Bugatti » puis pour une societé de transports. Disparu en 2004 (à 60 ans !), il sortait sûrement encore quelques fois son saxophone pour rejouer « My favorite things » ou « A love supreme » pour retrouver le souvenir magique des années « Ascension » !

Texte : Armand Meignan
Photos : Armand Meignan