EUROPAJAZZ MEMORIES

EUROPAJAZZ MEMORIES

N°30

MB30

1987 : Historique rencontre !

 

Avril 1987, première apparition au festival de Christian Vander, pas question de ne pas faire les choses en grand !

 

Deux jours de suite au Palais des Congrès, deux jours « sold out » (3 000 personnes !), pour une double carte blanche au leader de Magma ! La première journée fut grandiose avec un projet « Step by Step » où le batteur invitait quelques musiciens qui avaient marqué son parcours : Jannic Top, Benoit Wideman, Michel Graillier, Jean-Michel Kajdan, Jean-Pierre Fouquey, Francis Lockwood, etc… pour 3 heures de folies en duo, trio, quartet, et grand ensemble ! Avec au milieu de tout çà un solo « lunaire » et inoubliable de Michel Graillier !

 

Seconde soirée le lendemain, avec la première d’ « Offering » et en malicieux organisateur j’avais invité en seconde partie le grand Elvin Jones et son Jazz machine quintet (avec notamment Joe Lovano !) car évidemment je connaissais la dévotion de Christian pour le batteur de John Coltrane ! Mais nous avions envie d’aller plus loin que le partage d’une soirée entre les deux musiciens, et après la première partie nous avions laissé la batterie de Christian Vander en place afin de pouvoir provoquer la « rencontre historique ». Elvin était d’accord (Keiko sa compagne beaucoup moins !), Christian, timide, ne souhaitait pas trop troubler le concert du batteur de Coltrane ! Mais caché dans les rideaux de scène, il écoutait tout le concert ! Après le rappel, et grâce à l’aide de Simon Goubert, nous l’avons littéralement poussé sur scène où le grand sourire d’Elvin l’attendait !

 

20 minutes en duo ! Le plaisir d’entendre presque le même son, la même filiation, une communion des tambours ! Le public debout, l’ambrassade historique (voir photo) , le regard noir de Keiko en coulisses, le sourire ravi de Stella Vander et de Simon Goubert dans les loges, et les larmes de Christian !

 

Bien après, dans la nuit, comme toujours les fans attendaient Christian à la sortie des loges. J’avais repéré ceux qui avaient dormi dans un « camping » improvisé aux abords de la salle pendant deux jours (impensable maintenant !). Je leur tends une baguette de Christian récupéré sur scène (j’aime collecter des « souvenirs-objets » de chaque concert !) pour les remercier de leur belle présence. Mais surprise ! L’un deux me dit : « non, c’est à Christian, on veut pas, c’est trop ! »… Et je suis resté , après cette soirée magnifique, là, gentiment dépité, avec la baguette de Christian dans la main !

 

 

Texte : Armand Meignan

Photo : Karlt Desmoulins

N°29

doc069588_001

MISHA, HAN, WILLEM et les autres…

 Superbe photo de l’agence Mephisto (Yves Carrère-Didier Ferry), MISHA MENGELBERG et HAN BENNINK, le vendredi 27 mai 1983 dans les loges du Palais des Congrès du Mans !!! Cette année-là fut celle des hollandais et de l’Arfi, incroyable programmation pour l’époque, presque iconoclaste, un festival de jazz sans américain… qui nous valut une alerte à la bombe, dont les initiateurs furent  évidemment quelques petits musiciens locaux trop près « du chemin » jazz classique !

 

Fondateur (avec Han Bennink et Willem Breuker) de l’Instant Composer Pool en 1967, première coopérative de musiciens improvisateurs créée en Europe, Misha Mengelberg fut l’un des pères fondateurs du jazz européen, libéré du modèle américain ! Capable de réconcilier les extrêmes, le free et le swing, disciple d’Herbie Nichols et de Thelonius Monk, Misha à la tête de son ICP Orchestra, 18 ans après, en mai 2001,  nous proposa à l’Abbaye de l’Epau un final grandiose, l’un des plus beaux de toute l’histoire de l’Europajazz : créatif et festif !

 

Celui qui ressemblait à Louis-Ferdinand Céline, physiquement mais peut-être aussi dans son écriture orchestrale proche du sublime, a rejoint Willem Breuker, inhumé le 10 mars dernier au cimetière Zorgvliet d’Amsterdam, à 82 ans !

 Un soir, au théâtre Dunois à Paris (peut-être en 1984 ?),  je l’ai vu faire quelque chose de totalement inouï ! Il devait jouer en solo mais jugeant la salle trop chauffée, il entreprend de retirer son pull alors qu’il vient de s’installer devant le clavier, le pull tombe sur les touches ! Alors que fit Misha ? Pendant une bonne demi-heure il joua avec ce pull sur les touches, comme pour un piano « préparé », un jazz au swing « tempéré » par l’adversité vestimentaire !  Ainsi était Misha, superbement fantasque ! Où sont les nouveaux Misha, Han, Willem ?….

N°28

doc068917

1981… LES ANNEES ASCENSION !

18 au 24 Mai 1981 : 2e FESTIVAL DE JAZZ LE MANS (c’était le nom de l’époque !)! En mai, fais ce qu’il te plaît ! Et donc le festival pour sa seconde édition quitte le Théâtre Municipal et la Salle des Concerts pour vivre, après quelques soirées décentralisées « en ville », un final sur deux jours, en 10 concerts « non stop », avec stands associatifs et restos-buvette, au…. Gymnase Les Sources (quartier Carrefour !) surtout connu à cette époque pour ses galas de boxe !

Archie Shepp (en duo avec Horace Parlan), Jasper Van’T Hoff (en duo avec Zbigniew Namyslovski mais qui fut bloqué par une histoire de visa !), Jef Gilson Europamerica Big Band, Gerard Marais trio, Didier Levallet Quintet, Claude Barthelemy quartet constituaient l’ossature de la programmation avec un « must » : le trio CODONA (Don Cherry, Nana Vasconcellos, Colin Walcott) qui en final offrit un concert sublime, transformant l’horrible Gymnase des Sources en … future Abbaye de l’Epau !

Et puis la présence d’un quintet local devenu légendaire, seul groupe de « free jazz » en activité au Mans dans les seventies, ASCENSION, dont, comme son nom l’indique, les musiciens étaient tous tombés, petits, dans la marmite « Coltrane » ! Un concert ébouriffant pour l’époque, rien que de l’énergie pure et libre, offerte par un groupe dirigé magistralement par le batteur Jean-Pierre Chesne, superbe fils d’Elvin Jones !

Une question ? Que sont donc devenus ces cinq pionniers manceaux du free : le pianiste Ghislain Deppe qui avait quinze ans à l’époque continue une carrière en jazz et en spectacle jazzy, Jean-Pierre Chesne a longtemps fait le bonheur du fameux orchestre Bob Dickson et se produit régulièrement a la tête de ses propres groupes notamment avec un beau projet en hommage à Art Blakey, Luc Juhel a repris ses activités d’enseignant, Jacques Gounel qui nous a quittés l’année dernière faisait le bonheur du groupe « new » Old jazz Corporation et de tous les contrebassistes de passage à l’Europajazz en « prêtant » sa magnifique contrebasse, et le plus concerné par le « free », le flamboyant saxophoniste Jean Foisy, a repris ses activités de pilote-moniteur sur le « Circuit Bugatti » puis pour une societé de transports. Disparu en 2004 (à 60 ans !), il sortait sûrement encore quelques fois son saxophone pour rejouer « My favorite things » ou « A love supreme » pour retrouver le souvenir magique des années « Ascension » !

Texte : Armand Meignan
Photos : Armand Meignan