N°62

EDDY LOUISS/BERNARD LUBAT… CHAMPAGNE !

Ce concert de décembre 1981 (Presque 40 ans !) est inscrit dans la légende : celle de l’Europajazz ! Dans cette vieille salle des concerts à l’acoustique parfaite mais aux balcons branlants (qui fut rasée au milieu des années quatre-vingt) mais qui pouvait offrir 4 à 500 places et qui connut tant de concerts mémorables (dont certains proposés par l’association Chorus, créatrice de l’Europajazz : THE JAM, LUTHER ALLISON, MAGAZINE,TRUST, KEVIN COYNE), le duo EDDY LOUISS /BERNARD LUBAT fut absolument magique !

Pourtant tout avait mal commencé : un début de concert sans relief, des musiciens peu inspirés jouant des standards du bout des doigts, rien qui ne pouvait rappeler leurs qualités légendaires : swing, liberté et improvisations débridées ! Rien qui pouvait rappeler le quotidien musical de ces deux-là : une idée dansante du jazz !

C’est à la pause que tout se joua quand Bernard Lubat cria : Allez, va nous chercher du champagne qu’on pétille un peu !
Je ne sais pas qui se chargea d’aller trouver illico le précieux breuvage (Jean-Marie sans doute… !) mais c’est avec ce carburant pétillant que les deux musiciens entamèrent la seconde partie !
Et là, miracle vinicole : Eddy attaque un « Colchique dans les prés » mémorable, enchaîne avec toute une série de chansons et une version de « Célestin » à tomber et tout se termine, sans aucun arrêt, au bout de quatre-vingt-dix minutes avec le tube antillais « tout petit-tout piti» repris en cœur par le public debout ! Quelques bulles avaient suffi pour faire pétiller la musique et débrider les mains !

Eddy nous a quitté le 30 juin 2015. On était peu dans le crématorium de la ville de Poitiers pour une cérémonie simple organisée par son fils Pierre : quelques musiciens comme Paco Sery, Dominique Pifarely, Paul Breslin, Hélène Nougaro… et évidemment Bernard Lubat… Une cinquantaine de personnes seulement pour un musicien qui en avait fait vibrer des millions… Et pourquoi donc j’étais le seul directeur de festival présent ?

Ce jour-là, je me suis retrouvé en duo avec Bernard Lubat sur un banc du jardin proche du crématorium, sous le doux soleil du Poitou, à parler de ce concert de 1981 !  A ce moment- là, il nous manquait vraiment une bouteille de champagne pour chasser notre immense tristesse… On venait de quitter définitivement l’un des plus grands « enchanteurs » de l’histoire du jazz !

Photos et texte : Armand Meignan