N°51

EUROPA… ITALIA… INSTABILE… MAMA MIA… MAURICE et ZEZETTE !

Entre l’Europajazz et l’Italie c’est une longue histoire d’amour, puisque dès 1982 nous proposions un festival entièrement Franco-Italien, avec notamment les premiers concerts en France d’Antonello Salis en quintet, Gianluigi Trovesi en trio, Franco d’Andrea, Massimo Urbani… Ensuite toute l’Italie du jazz a défilé au Mans, souvent pour des « premières françaises » et  toujours avec un accueil follement enthousiaste ! Mais le plus grand succès ce fut évidemment avec l’ITALIAN INSTABILE ORCHESTRA (Né d’une idée extraordinaire : réunir les meilleurs solistes et compositeurs italiens dans le même projet) invité deux fois : 1993 et 1999. J’écrivais en 1999 dans le programme : «ce qui s’est révélé de plus beau, de plus frais, de plus réjouissant dans le domaine du grand orchestre européen depuis des lustres : original, créatif, populaire, décapant !».
Mais, je n’avais jamais imaginé que cet orchestre de « free jazz », joyeux et enjoué certes mais bien décapant, deviendrait le groupe de jazz préféré d’un couple d’amis de ma mère ! Je vous raconte ! Après la mort de mon père en 1996 (qui n’a jamais mis les pieds ni les oreilles au festival, mais c’est une autre histoire…), ma mère (pas vraiment fana de jazz et encore moins dans ses versions contemporaines mais curieuse de ce que pouvait faire son fils unique) venait chaque année accompagnée par ses meilleurs amis (Maurice et Zézette, couple de septuagénaires distingués et charmants) au festival, dans sa partie finale, à l’Abbaye de l’Epau. Ce couple d’amis, certes amateurs de musique classique ne connaissait du jazz qu’un aspect extrêmement consensuel allant de Sidney Bechet… à Sidney Bechet !

Mais le 02 mai 1999, final des vingt ans de l’Europajazz, à l’écoute d’un Italian Instabile Orchestra boosté par la présence d’Enrico Rava et d’Antonello Salis et par les tarentelles déjantées et furieuses d’un Pino Minafra des grands jours (voir photo), ce fut la révélation, le choc, un séisme esthétique : après deux heures de concert : Maurice et Zézette étaient debout dans le dortoir des Moines pour réclamer un troisième rappel !

Et depuis cette date, aucun concert n’a pu pour eux égaler le plaisir ressenti ce soir- là ! C’était jamais aussi bien que l’INSTABILE : ni PORTAL, ni SCLAVIS, ni LLOYD, ni SHEPP, ni MELDHAU, et tant d’autres !!!!

Pour eux le top du top, en « jazz », c’était l’ITALIAN INSTABILE ORCHESTRA ! Un point c’est tout !

De quoi alimenter la réflexion perfide de ceux qui pensent que le jazz d’aujourd’hui ne s’adresse qu’aux initiés ! Moi quand j’entends encore ça, je leur parle de Maurice et Zezette : improbables amoureux de l’Italian Instabile Orchestra et si émouvants !

Texte et photo : Armand Meignan